et qu’en pense Rob Hopkins ?


thousesBonjour à tous,

 Leigh, Charles et moi-même avons répondu, en juin dernier, à un questionnaire proposé par la revue Silence concernant le mouvement de transition.

Nous avons reçu le n° 417 de novembre 2013 contenant le dossier ‘Transition’. Cela nous donne l’occasion de vous faire connaitre la vision de Rob Hopkins, anglais et ‘père ‘ du mouvement, que nous partageons et soutenons au sein de SQYeT.

Ces extraits ont été tirés de la réponse que Rob Hopkins a faite le 15 mai 2008 sur son blog, au texte ‘Un écologisme apolitique ? Débat autour de la transition’ dont les auteurs sont militants de gauche et éducateurs fortement opposés aux multinationales et à la mondialisation. Ce texte fondateur fait du bien à lire et relire pour s’imprégner de la philosophie et de l’esprit du mouvement.

-Françoise

Voici donc les propos de Rob Hopkins.

 « L’une de leurs critiques de la Transition est qu’elle n’ose pas confronter directement ce qu’ils perçoivent comme l’ennemi. Pour moi, la Transition est une approche complètement distincte. J’ai toujours été inspiré et motivé par l’affirmation de Vandana Shiva selon laquelle « ces systèmes fonctionnent parce que nous leur accordons notre appui, mais, si nous le leur retirons, ils ne pourront survivre ». J’affirme que notre point de départ doit se situer au-delà de l’attribution de blâmes concernant la position difficile dans laquelle nous nous trouvons.

« Bien sûr que des forces extrêmement puissantes sont à l’œuvre mondialement et qu’elles se permettent avec de plus en plus d’audace des choses épouvantables, mais elles s’en tirent parce que, dans bien des cas, nous leur avons laissé, consciemment ou non, la possibilité de le faire. Les individus qui constituent les rouages de ces forces mondiales en sont prisonniers autant que quiconque et l’on ne gagnerait rien en les diabolisant. Les actions politiques des Zapatistes ressemblent de plusieurs manières à celles du mouvement de Transition. Ils entreprennent une expérience de changement sans savoir où elle mènera. Ils ne demandent rien d’autre que d’avoir la latitude nécessaire pour faire ce qu’ils veulent et qu’on les laisse vivre en paix. Ils affirment que le changement commence avec eux-mêmes et qu’il est important d’incarner le changement que l’on souhaite voir advenir, comme le disait Gandhi. »

« La Transition recherche ce qui fait consensus plutôt que ce qui divise. Le choix du militantisme d’affrontement comme principal outil est profondément malhabile. »

 « L’une des raisons de ce jugement est la faible place qu’occupe, dans ce type de militantisme, la psychologie du changement. L’approche consiste habituellement à déverser sur les gens une grande quantité d’informations alarmantes afin de les faire changer. Ce que nous tâchons de faire dans le mouvement de Transition est plutôt de prévoir et d’accepter que les informations sur le pic pétrolier et les changements climatiques peuvent se révéler très inquiétantes, ce qui peut conduire à un sentiment écrasant d’impuissance. Nous favorisons l’échange d’informations afin que les personnes ressentent leur appartenance à une communauté élargie, ce qui est plus fécond et plus sain. »

« Selon mon expérience, la plupart des personnes que je rencontre, politiciens locaux et gens d’affaire inclus, n’ont pas amorcé la réflexion au sujet du pic de pétrole. Ils ne savent absolument pas quoi faire et pourtant sont emballés à l’idée d’étudier la question pour peu que l’on présente les choses d’une façon constructive. La plupart d’entre eux ne sont pas des personnes malveillantes. Ils sont simplement perdus et imbriqués dans la façon dont le monde fonctionne en ce moment, comme une grande partie de la population. Selon moi, l’accent sera mis sur la dimension locale plutôt que mondiale parce que ce changement est carrément inévitable puisque la mondialisation est impossible sans pétrole peu coûteux. »

« Le modèle de Transition tente de concevoir et mettre à l’essai un processus de reconstruction de la résilience des collectivités en réduisant radicalement les émissions de gaz à effet de serre. »

 « Le refus du mouvement de Transition de pratiquer une approche du changement fondé sur la confrontation a été une décision consciente dès le début. Les auteurs doutent fortement de la capacité de la politique à mettre en œuvre le genre de changements qui sont nécessaires : « un politicien ne peut être élu s’il dit qu’il appauvrira le pays en réduisant les revenus tirés des exportations ». Je crois qu’ils n’ont pas tout à fait saisi l’envergure des bouleversements que le pic pétrolier et les changements climatiques provoqueront. Nous aurons besoin de politiciens dont le programme traitera franchement de la descente énergétique, de la nécessité de mesurer le progrès autrement que par la hausse du PIB et qui favorisera la reconstruction de la résilience locale. D’une façon ou d’une autre, la plupart des gouvernements suivent la volonté et la colère de leur peuple. C’est dire qu’ils attendent que nous leur indiquions quoi faire en leur disant ce qui nous tient à cœur. Il est grandement temps que nous le fassions. Je pense que l’une des raisons qui expliquent la croissance phénoménale de la Transition est justement parce qu’elle vise les véritables préoccupations des gens à propos de la hausse du coût du carburant et d’un climat chaotique, sans les diviser. »

« Je pense que ‘secouer les gens’ pour qu’ils remettent en question leur mode de vie réussira à provoquer une réflexion chez une poignée d’entre eux, mais réussira surtout à durcir les opinions de la majorité. Les environnementalistes s’y prennent ainsi depuis des années, sans grand succès. »

« La critique remet aussi en question la pertinence de travailler avec les gouvernements locaux parce que les risques d’être récupérés et de servir de caution « verte » sont trop grands. Que la vision des Initiatives de transition devance la prise de conscience des autorités locales laisse présager une relation plus féconde et dynamique ainsi qu’une démocratie plus vivante que ce qui aurait été possible avant. »

« Le danger pour le réseau de Transition n’est pas tant d’être récupéré que de ne pas réussir à faire la démonstration des changements significatifs qui améliorent la résilience sur les plans politiques, écologiques et économiques. C’est là-dessus que la Transition sera jugée. »

« D’autre part l’assertion des auteurs selon laquelle « se concentrer sur les actions individuelles nie l’importance des changements structuraux et de notre façon d’agir collectivement » ne correspond pas à ce qui se passe sur le terrain. La livre (£) de Totnes, par exemple, est une monnaie locale qui découle d’une compréhension profonde de la mondialisation, de l’économie fondée sur la croissance et de l’argent créé par le crédit. »

« Que les actions pour contrecarrer les effets des problèmes mondiaux soient concentrées à l’échelon local ne signifie pas que nous ne voyons pas la nécessité d’un changement global. C’est plutôt que nous croyons qu’agir à cette échelle fait également partie des fronts à investir. »

~Rob Hopkins

Publicités